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Adapter l’Etat à son marché, la clef pour diminuer le format de l’Etat de 20 % en 10 ans

Adapter l’Etat à son marché, la clef pour diminuer le format de l’Etat de 20 % en 10 ans


La Modernisation de l’Action Publique (MAP) vient de succéder à la RGPP : examinons l’avis de décès.


La méthode employée par la Revue Générale des Politiques Publiques traînait trois boulets : recettes obsolètes, main mise des financiers, hostilité forte générale.
Ayant vu dans le Privé les plans de départ des années 90, en tant que directeur général de grand groupe, je suis frappé par la similitude de ce que j’ai connu… avec ce que l’Etat  a vécu. Sous l’influence chèrement facturée des ténors anglo-saxons du conseil,  l’Etat a repris leurs vieilles recettes de 1990, et a donc subi les mêmes errements et constaté les mêmes effets non prévus : départs non effectués,  recentralisation rampante à Paris…
L’Etat avait confié la RGPP aux financiers. Ils se sont focalisés sur les postes à supprimer dans les structures publiques, en interrogeant assez peu la pertinence de ces dernières et surtout en n’examinant pas leurs processus et les services rendus. Or comme le Privé l’a appris dans les années 90, les structures résistent quand on les compresse avec la seule approche financière et ne « rendent » jamais ce qui était espéré. C’est pourquoi, malgré des réussites, la RGPP a généré des économies décevantes (5 à 7 Md€ ?)… et de fortes crispations.

 

Va-t-on rebricoler une méthode ancienne… ou  adapter l’Etat en innovant dans ses processus publics ?


L’Etat transpose les approches du Privé avec 15 ans de retard,  or que s’est-il passé dans les années 2000 ?  Après les préretraites aberrantes des années 90 et les externalisations décidées par principe, qui ont cependant créé une prise de conscience salutaire, ce sont les gens de métier qui ont pris la relève des financiers pour faire la réingénierie des groupes privés en adaptant leurs processus à la modernité et… à leur marché.

 

Adapter l’Etat à son «marché» c’est la seule vraie idée pour gagner 20% sur le format de l’Etat en 10 ans.


Voilà le gros mot lâché, mais il faut dire ce qui est : une jeune PME ou un des 72% de français internautes n’a pas le même usage des services qu’un grand groupe ou qu’une personne âgée ou n’ayant pas accès au numérique. En refusant de le voir certains laboratoires d’idées de la MAP se fourvoient autant que les
« consultants » de la RGPP. Agitant  « l’exclusion », ils assimilent égalité d’accès pour tous et nivellement par le bas. Or ceci est tout sauf républicain, surtout dans un Etat impécunieux.

Nous cherchons tous les jours de la compétitivité. Tous les investisseurs s’accordent sur la prime de qualité des services publics qu’ils trouvent en France : il est donc criminel de brider leur performance alors qu’elle est à portée de main et que la segmentation des services publics selon leur marché peut justement permettre un meilleur lien social, la réallocation des emplois publics et une baisse enfin significative de la dépense.

 

L’aménagement du territoire virtuel et des sites de proximité.


Pour reformater l’Etat il ne suffit pas de fixer des objectifs d’allocation des moyens, de tailler dans les coûts.
La dépense de l’Etat est assez fortement déterminée par le format des réseaux publics qui produisent les services publics. Il l’est donc aussi par le mode de consommation de ces services par les usagers.

Doit-on ignorer qu’avec l’acclimatation continue des français à Internet les services électroniques doivent devenir une norme, que cette approche « vide les guichets » et donc rend des emplois? Doit-on esquiver qu’une autre part de la population, plus exposée, ou âgée attend, elle, « une intermédiation croissante au guichet » ? Faut-il alors dimensionner des guichets  pour des utilisateurs qui seraient heureux de ne pas y  venir ? Ce raisonnement sur les usages et marchés cibles des services publics doit intégrer la durée : la pénétration d’un nouveau service exige du temps, des migrations informatiques, la formation des personnels, des redéploiements... Les besoins et les anciens usages eux-mêmes se modifient au fil du temps. Il a fallu 10 ans pour que la feuille de soin papier tombe à 10% d’utilisation par les usagers et les professionnels de santé…

 

Piloter le ministère fantôme des systèmes d’information.


Le secteur public est pour une part significative une machine à traiter de l’information. Que pèse l’informatique du Public? Retenons un ordre de grandeur : la population des informaticiens de l’Etat est de l’ordre de celle d’un ministère de taille moyenne... Un ministère fantôme. L’Etat vient de prendre conscience de cette supra-structure et s’attache à en raboter les coûts pour viser une informatique standard et qui coûte moins.

Mais cela ne suffit pas : chacun des services informatiques des différentes structures publiques cristallise en effet  des visions et des intérêts locaux. Pour adapter les processus de l’Etat, il faut aussi une feuille de route qui s’impose à ce « ministère fantôme » et aux différents opérateurs public : la meilleure façon de reconduire des systèmes aberrants et couteux est de poser à chacun la question sans rechercher des simplifications d’ensemble.

 

L’Etat moderne et ses guichets locaux, deux cibles : Internet et Maisons de Services Publics


La 1ère cible : de l’informatique qui rapporte, qui amène des usages électroniques communs à toute la sphère publique. Il faut pour cela formuler la vision d’un univers électronique de services publics, ce qu’il offre et offrira… en considérant le tout, au delà des frontières des ministères, opérateurs sociaux, collectivités…

La 2ième cible : penser d’autres usages, adaptés cette fois à des populations plus fragiles, reçues par des agents  au guichet, avec des processus, des interfaces différents d’Internet. Et élaborer une vision interministérielle pour mutualiser les moyens publics, selon une approche territoriale incluant l’Etat, les collectivités, le secteur social,  avec, peut-être, des maisons de services publics opérées localement.

L’enjeu d’une réingénierie de l’Etat, pour rechercher -20% est là… mais cet enjeu n’a pas de réel propriétaire.

 

Une fonction de l’Etat à créer.


La plupart des processus publics sont « en silo », gérés par ministères ou organismes publics. Pour réussir des projets dits « transverses », il faut des responsables fonctionnels et de l’autorité. Or il n’y a pas de réelle équipe de cette nature et le plan qui consiste à demander à chacun ce qu’il s’engage à couper, moderniser ne suffira pas.

 

Trois actions pour accélérer l’innovation dans le Public et obtenir une vraie baisse du format de l’Etat.

 

1) Créer une maîtrise d’ouvrage interministérielle rattachée au Premier Ministre chargée de proposer et conduire ce qui peut être fait en commun dans tout le public et non plus « par silo » : un exemple simple, les mairies délivrent les passeports avec un système piloté par l’Etat, elles pourraient délivrer aux mêmes les cartes sociales.

2) Définir une cible Internet publique d’ampleur en rajoutant aux procédures usuelles les procédures sensibles, qui touchent à l’argent et aux droits des usagers  : cela videra progressivement les guichets des gens qui n’auront pas besoin d’y aller… et qui s’en trouveront bien ; on pourrait, par exemple, repasser au parlement les eServices de la carte d’identité électronique censurés par le Conseil Constitutionnel… parce qu’insuffisamment détaillés.

3) Revoir le maillage de la présence des guichets publics et de l’intermédiation locale avec une vision de la France à 10 ans, intégrant tous les acteurs publics, et permettant de réallouer les personnels : vider les guichets spécialisés et remplir des maisons de service public en gagnant 20%, cela demande une volonté politique de dialogue et d’accompagnement,  et réclame de la formation et de l’ingénierie de conduite du changement.

C’est un vrai plan sur la durée qu’il nous faut, et pour cela du courage politique et de la détermination.

 

Par Jean-Pierre Barbéris

CEO de Experts & Partners, ancien DG de Bull et VP secteur public d’Atos.

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