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Limiter l’impact des catastrophes naturelles sur les opérateurs vitaux et les sites dangereux

Limiter l’impact des catastrophes naturelles sur les opérateurs vitaux et les sites dangereux


Irma, Harvey, mais avant eux Xynthia, Katrina et nombre de ces prénoms annonciateurs de désastres, montrent le besoin impérieux de mieux préparer les opérateurs de réseaux de vie et les sites industriels dangereux à mieux anticiper les risques de ruptures majeures de continuité d’activité.

Il va falloir s’adapter à ces crises « hors cadre » occasionnées par des vents violents, des pluies diluviennes, des inondations par débordement de cours d’eau ou remontée de nappes, ou encore des phénomènes de submersion marine. Repenser la ville à la lecture de ces nouveaux risques naturels, accentués par le changement climatique, devient ainsi une évidence.

Cette stratégie d’adaptation doit passer par une planification urbaine repensée en intégrant de nouvelles capacités d’absorption des eaux de pluies comme des parcs éponges. Dans des zones urbaines fragiles par rapport au risque inondation, ces étendues doivent combiner barrières dures comme des digues de retenue, et barrières douces comme de nouveaux types de marécages, qui se basent sur des espèces végétales et des parkings filtrants, plus perméables que le bitume des trottoirs.
 
Il sera cependant long, couteux et difficile d’intégrer dans les schémas de planification urbaine ces outils nécessaires à la robustesse des villes face aux éléments naturels.

Il est en revanche des gains immédiats qui permettraient de limiter les effets dévastateurs des catastrophes naturelles sur les populations.

Ils portent en premier lieu sur la nécessité pour les gestionnaires de réseaux de vie (eau, électricité, télécoms, établissements de santé) de mieux anticiper l’impact d’évènements naturels extrêmes susceptibles de perturber leurs installations critiques.

Celles-ci sont en effet vitales pour les populations dans les jours qui suivent les catastrophes. On le reconnaît amèrement avec les problèmes d’alimentation en eau potable et d’électricité actuellement rencontrés à Saint-Martin et à Saint-Barth, compte tenu des impacts subis par les process de dessalement et de génération énergétique. Cette situation vient un peu plus atteindre le moral, le bien-être et la santé de résidents qui ont souvent tout perdu.

Ces infrastructures vitales doivent ainsi être plus résilientes face à l’éventualité d’une inondation, ou d’une rupture d’interdépendance électrique ou télécom. Pour ce faire, il est besoin de disposer d’une meilleure connaissance des aléas débordement de rivière, submersion marine, remontée de nappes,…, dans les endroits jugés à risque, afin de connaître les impacts attendus sur les ouvrages de ces installations sensibles.

Il s’agira alors non pas de lutter contre les éléments - car la nature est toujours la plus forte - mais de protéger les parties les plus fragiles de ces sites via des actions préventives : surélévation des installations électriques, mise en place de moyens de pompages fixes et mobiles, protection des ouvrages clés par batardeaux, déploiement préventif de groupes électrogènes …
L’essentiel est en effet de permettre un retour à la normale le plus rapide possible en phase post-catastrophe, en sécurisant préventivement les installations.


La même stratégie est à étendre aux sites industriels dangereux, qui peuvent générer un risque technologique en cas d’impact naturel. Ce type de risque, appelé NatTech, s’inscrit pleinement dans ce qui s’est passé à Fukushima. Un séisme, suivi d’un tsunami, ont mis hors service le système de refroidissement par pompage de la centrale nucléaire. Les  groupes électrogènes n’ont pas pu prendre le relai. On connaît la suite : une catastrophe industrielle, sanitaire et environnementale majeure pour le Japon, un risque grave pour la région, et un avertissement pour le monde.

Dans une très moindre mesure, le scénario qu’a rencontré l’usine du groupe chimique Arkema à Crosby près de Houston au Texas, consécutivement à l’ouragan Harvey, est également riche d’enseignements. Inondée et privée d'électricité, donc de capacités de réfrigération de ses matériaux hautement inflammables, l'usine Arkema a été confrontée à des explosions suivis d’incendies et de dégagements de fumée, en raison du stockage de plus de 200 tonnes de péroxyde organique liquide - servant à la fabrication de plastiques renforcés de fibres de verre et d'autres matériaux qui se retrouvent dans les emballages, les véhicules ou encore les produits nettoyants.

Deux sites dangereux impactés à six ans d’intervalle par des évènements naturels majeurs. Nul n’est à l’abri qu’un scénario de ce type ne se reproduise, en France métropolitaine, en Europe communautaire comme ailleurs dans le monde.

Aussi, il est urgent de mieux connaître les impacts possibles des risques naturels et des ruptures d’interdépendances stratégiques (énergie, télécom, …) sur les sites critiques, qu’ils soient considérés comme essentiels à la vie ou dangereux pour les populations riveraines ; ce afin de les durcir par rapport aux impacts des nouvelles catastrophes climatiques qui s’annoncent.

Franck Galland dirige Environmental Emergency & Security Services, (ES)², cabinet d’ingénierie-conseil spécialisé en résilience urbaine et est chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS). Il est l’auteur d’une quarantaine d’articles sur les enjeux liés à l’eau et la vulnérabilité des infrastructures critiques parus dans des revues de défense et de relations internationales, et de trois ouvrages de référence, dont le dernier a été publié en mars 2014 chez CNRS Editions, et est intitulé : Le Grand Jeu. Chroniques géopolitiques de l’eau.
 

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