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Pour responsabiliser les acteurs de la finance : réhabilitons la culture du risque !

Pour responsabiliser les acteurs de la finance : réhabilitons la culture du risque !


Pourtant, sous le jeu des rapports de force économiques, les régulateurs ont progressivement consolidé leur arsenal réglementaire afin que la finance européenne se mette progressivement au diapason de cette finance anglo-saxonne à l’origine de la crise….


Néanmoins, l’année 2014 doit être l’année de structuration d’un véritable espace européen cohérent du monde de la finance via notamment l’union bancaire et l’encadrement plus strict des produits dérivés. Et l’exercice d’évaluation de la solidité des bilans bancaires européens devrait également confirmer une baisse globale des risques. Cette pause relative dans les tempêtes qui secouent la finance mondialisée doit être l’occasion de réaffirmer les principes de comportement ou de fonctionnement qui induisent une responsabilité plus grande des acteurs de la finance, qu’ils soient banquiers, arbitragistes, opérateurs de marchés ou encore régulateurs, principes qui font consensus dans le monde économique au-delà des clivages traditionnels1.


Par définition, la finance responsable combine un financement efficace de l’économie avec une prise de risque mesurée. Ces notions toutes relatives montrent qu’il n’existe pas de vérité absolue pour qualifier la notion de responsabilité. Au contraire, celle-ci émerge d’une appréciation des prises de décision, résultant, à un moment donné, dans un contexte culturel donné, du jeu des pouvoirs et contre-pouvoirs dont l’enjeu est l’équilibre entre le profit des acteurs et les risques qu’ils font prendre à l’économie.


Le sentiment que la notion de responsabilité dans le monde de la finance serait facile à caractériser est né de l’illusion de la capacité des acteurs économiques à maîtriser complètement les risques. Or, alors que nos sociétés sont obsédées par la recherche chimérique du risque zéro, il est bon de rappeler que la prise de risque est consubstantielle à toute activité humaine. Le risque ne peut pas être éliminé, il ne peut qu’être transféré ou dilué entre les différents acteurs économiques. Le développement du crédit et des produits de couverture a ainsi accéléré le transfert des risques de l’économie réelle vers les acteurs de la finance qui se les sont répartis notamment par le biais de la titrisation, au point de ne plus être capables de les identifier.


Dans ce contexte, la finance responsable, et à travers elle les régulateurs qui en fixent les règles de fonctionnement, ne doit pas se donner comme objectif d’interdire ou de décourager la prise de risque mais au contraire de réhabiliter la culture du risque pour être en capacité de les appréhender de la manière la plus juste possible et de procéder ainsi aux bons arbitrages permettant notamment de ne pas accumuler des risques inconsidérés sous prétexte qu’il existe des outils pour les partager. La responsabilité consiste donc à faire en sorte que les conséquences des risques pris soient circonscrites à ceux qui en sont la cause, de manière à en limiter le coût pour les clients et la collectivité. Cela suppose une attention permanente portée à la performance des outils d’évaluation des risques, à la qualité de l’organisation managériale et de contrôle interne qui permettent aux acteurs de la finance de procéder aux bons choix. Aux régulateurs ensuite de garantir le respect de ces principes dans le cadre de leur mission de gardien de la stabilité financière. Leur responsabilité propre s’exerce alors dans la recherche d’un équilibre délicat entre la préservation des intérêts de la collectivité et l’acceptation d’une prise de risque nécessaire au bon fonctionnement de l’économie de marché, en contrôlant son caractère soutenable, dans un souci permanent de mise en cohérence au niveau international : nous en sommes encore très loin.


Conséquence évidente : la responsabilité des acteurs est directement liée au comportement éthique des individus, à chaque niveau de la chaîne managériale. En effet, une prise de risque mesurée nécessite, pour les décideurs, de prendre en compte dans leurs processus de décision les effets que peuvent produire leurs choix en dehors de leur zone de responsabilité, condition indispensable à la limitation de l’émergence d’un risque systémique. Car, dans le monde de la finance plus qu’ailleurs, la dimension psychologique et le rôle de la confiance dans l’efficacité des décisions sont à l’origine de comportements mimétiques générateurs de bulles ou accélérateurs de la transmission des risques. La finance responsable prône donc à la fois la généralisation des codes déontologiques par métier, le développement des valeurs de citoyenneté en entreprise, une plus grande prise en compte de l’intégrité des dirigeants dans leur évaluation et la mise en place de sanctions plus dissuasives proportionnelles au préjudice en cas de comportement inapproprié ou délictueux.


Sans nul doute la poursuite du développement économique continuera à provoquer des crises financières dans les années à venir.
Sans nul doute, le respect des principes d’une finance responsable est de nature à mieux les anticiper et en limiter les effets sur les clients et la collectivité.


Eric Delannoy
Vice-président du cabinet Weave,
Membre du conseil scientifique de la Fondation Croissance Responsable


(1)    Voir le rapport « La finance responsable » de la Fondation Croissance responsable
 

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