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Et si on arrêtait le French Bashing ?

Et si on arrêtait le French Bashing ?


Alors que le patronat lance une semaine de mobilisation pour mettre en avant les inquiétudes des entrepreneurs, la situation économique des PME en France est préoccupante. Il faut cependant éviter l’autoflagellation.

Alors que le patronat lance une semaine de mobilisation pour mettre en avant les inquiétudes des entrepreneurs, personne ne doute que la situation économique des PME en France est préoccupante. Il faut cependant éviter l’autoflagellation. Nous ne sommes pas les seuls à vivre des moments difficiles en Europe. Pour l’ensemble de l’année 2014, l’INSEE prévoit un taux de croissance de 0,4 % comme pour 2013. L’investissement est quasiment stable. Mais les PME vivent durement un monde qui n’est plus. Et il est encore loin le « bout du tunnel ». Ce qui inquiète c’est l’absence de perspectives de croissance. On dénombre, fin août 2014, 42 552 défaillances d’entreprises soit une augmentation de 2 % par rapport à la même période en 2013. Et malgré une légère amélioration du climat des affaires dans l’industrie, les services et une légère stabilisation pour le commerce, l’activité dans le bâtiment est en baisse et touche les planchers de 1997.


Le moral des entrepreneurs n’est donc pas bon. En novembre 2014, selon le baromètre banque Palatine- Opinion Way 87 % des patrons de PME  et ETI sont inquiets pour notre économie et 53 %  jugent que la situation n’est pas propice aux investissements. La perception des entrepreneurs est sincère même si  elle est en léger décalage avec la réalité remontée par les analystes économiques : les chiffres de la Banque de France ou de l’INSEE.  En effet, il est de bons signes comme l’implication des banques, la baisse des taux de crédits et l’augmentation des crédits d’investissement, + 2,1 % sur 12 mois. Ce qui contrarie c’est le sentiment de la méconnaissance par une partie de notre classe politique de ce que vivent au quotidien les PME. Par idéologie ou par culture, alors que les entreprises cherchent des espaces de liberté, on ajoute de nouveaux freins. C’est d’abord, la mise en place du compte individuel de pénibilité, la durée minimale du travail hebdomadaire à 24h00. C’est ensuite, la complexification de l’information en matière de transmission, une fiscalité lourde et instable, une taxation dividendes qui touchent même les dirigeants de TPE, sans que cela n’émeuve personne. C’est enfin, le manque de valorisation de l’univers PME.


Il est aujourd’hui temps que chacun balaie devant sa porte. Le French Bashing permanent a un effet dévastateur, en  France, sur le moral des patrons, et à l’international sur tous nos expatriés. D’autant qu’il fait le bonheur de nos concurrents qui n’ont pas d’états d’âme. Les querelles permanentes de personnes qui polluent le débat public ne viennent pas du monde de l’entreprise. Comme les citoyens, les patrons sont les spectateurs impuissants d’un débat politique devenu pauvre qui met avant des égos et fait le jeu de l’extrémisme. Et face à la mondialisation des échanges, il n’y a rien à attendre du repli sur soi ou du poujadisme économique. Aujourd’hui, dans l’entreprise, on souhaite la réussite du pacte de responsabilité ou des mesures de simplifications  réclamées depuis des années. Et les patrons, et les investisseurs privés, sont dans l’attente de pouvoir investir, ou réinvestir, dans un climat fiscal stable pour améliorer la rentabilité et les résultats des  entreprises.  


Depuis l’été 2014, les paroles sont là et Bercy a retrouvé sa cohérence. En revanche, le message que donne la majorité parlementaire aux acteurs économiques, via les médias, est toujours brouillé. Et les déclarations de guerres internes dans les partis politiques et certains amendements parlementaires, décalés de la réalité  quotidienne de ce que vivent les PME, passent mal. Arrêtons donc de tirer sur ce qui fonctionne bien : BPI France, le CICE, les banques universelles… Toute action publique doit nécessairement bénéficier de temps pour produire des résultats d’autant que les marges de manœuvres sont tenues.  Acceptons de voir que nous sommes dans un monde nouveau qui reste à construire et qu’il est vain de s’accrocher aux vieilles certitudes. C’est sans doute le moment de méditer le mot de Bernard de Clairvaux « que ceci soit la fin du livre, et non pas la fin de la recherche ».



Bernard COHEN-HADAD

Courtier en assurances,
Associé-gérant de BCH Assurances
Président du think tank et du prix Etienne Marcel
Président de la commission financement des entreprises de la CGPME

 

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