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Faisons de la petite enfance une belle cause nationale

Faisons de la petite enfance une belle cause nationale


Malgré une politique de la famille ambitieuse, 800 000 familles sont toujours en liste d’attente chaque année en France pour une place en crèche !
Et pourtant il existe quatre solutions simples, qualitatives et peu couteuses pour y remédier.

Faisons de la petite enfance une belle cause nationale.

A l’heure des grandes orientations budgétaires du nouveau Gouvernement et de la mise en place de la Convention d’objectifs et de gestion entre l’Etat et la CNAF, l’accueil en crèche doit avoir toute sa place dans les arbitrages en cours car c’est un sujet de société essentiel pour le développement des générations futures.
Une place en crèche pour un enfant, c’est la garantie d’un éveil de qualité, d’une socialisation réussie et l’assurance d’aborder l’école maternelle dans les meilleures conditions possibles.
C’est d’autant plus important que les dernières avancées sur les neurosciences et les récents travaux de l’OCDE confirment ce que, les grands pédopsychiatres (Freinet, Pikler, Dolto), puis le prix Nobel d’économie en 2000, James Heckman avaient découverts de manière empirique : le cerveau structure les aptitudes sensorielles, le langage et les fonctions cognitives comme l’empathie et l’estime de soi avant l’âge de 3 ans.
Selon l’Ecole d’économie de Chigago, 1€ investit dans la petite enfance permet de ne pas avoir à dépenser plus tard 10€ en rattrapage scolaire, lutte contre la pauvreté et prévention de la délinquance.
Le dernier rapport Terra Nova "Investissons dans la petite enfance - l’égalité des chances se joue avant la maternelle" confirme ces résultats en insistant sur l’importance du langage.
D’ailleurs, l’Agence nouvelle des Solidarités actives, le CNRS et l’Ecole d’économie de Paris portent actuellement une étude longitudinale avec 96 crèches pilotes sur Parler Bambin, un programme de stimulation du vocabulaire chez les enfants défavorisés. 
La crèche se doit donc d’être au cœur de notre dispositif d’éveil et d’apprentissage car elle est synonyme de bien-être et de sécurité pour les jeunes enfants, le tout autour d’un projet social et pédagogique cohérent, et d’une équipe diplômée et passionnée. Chaque enfant grandit à son rythme en crèche tout en étant stimulé par la collectivité.
Enfin, obtenir une place en crèche est une chance. C’est un soutien concret à la parentalité, une aide au retour à l’emploi et à la conciliation vie pro-vie perso pour toutes les familles y compris les plus fragiles. Enquêtes après enquêtes, la crèche est de loin le mode de garde préféré des Français et le moins onéreux.
Alors pourquoi 800 000 familles sont-elles toujours en liste d’attente ?
Et ce, alors même que le Royaume-Uni a 25 % de places de crèches de plus que la France… avec une population équivalente (65 millions d’habitants).
L’Allemagne elle, malgré un taux de fécondité largement inférieur à celui de la France (1,39 vs 1,99), a rattrapé en à peine 10 ans son retard et à aujourd’hui un meilleur taux de couverture en crèche (Kindergarten) des enfants de moins de 3 ans que nous (27 % vs 16 %). 
Quelles sont donc ces quatre solutions de bon sens qui permettraient à tous les enfants d’avoir une place en crèche, tout en garantissant une qualité d’accueil à la hauteur des attentes des parents (activités Montessoriennes, bilinguisme, arts et sciences) et des professionnels de la petite enfance ?

Il faut tout d’abord permettre à plus de jeunes de faire carrière dans la petite enfance en boostant en nombre et en qualité les formations initiales.
-  L’objectif du dernier quinquennat de créer 100 000 places de crèches n’a notamment pas été atteint car les écoles de puériculture, qui sont du ressort des régions, n’ont pas augmenté leur nombre de classes. Or il aurait fallu 12 000 auxiliaires, 10 000 éducatrices et 2 000 infirmières-puéricultrices de plus, dont la moitié en Ile-de-France.
Par ailleurs ces formations doivent se réinventer en rajoutant aux modules de soins et d’éveil existants des modules de relation avec les parents, de management d’équipe et de gestion budgétaire. Les Milléniums ont soif d’apprendre et veulent donner du sens à leur engagement.    
L’impact sera clair : le secteur aura ainsi les diplômés suffisants et compétents pour faire face aux ouvertures de crèches à venir et répondre aux nouvelles attentes des familles. En termes de création d’emplois qualifiés pour les jeunes, la petite enfance proposerait ainsi des métiers encore plus passionnants et ouvrirait de nombreuses évolutions de carrière possibles.

Ensuite, il faut optimiser l’accueil dans les 12 000 structures déjà existantes :
-   En officialisant les 6 m2 utile par enfant en crèche (hors espaces techniques non accessibles aux enfants).
En permettant ainsi une augmentation automatique de l’agrément pour les crèches existantes, à condition bien sûr que le taux d’encadrement légal soit respecté, non seulement nous resterons le bon élève de l’Europe (moyenne de 3,5 m2), mais nous créerons instantanément 10 000 places de crèches soit 400 millions d’euros d’économies d’investissement pour l’Etat.
-    En autorisant, sous les mêmes conditions de surface et d’encadrement, les micros-crèches à accueillir non pas 10 mais 12 enfants (comme dans les maisons d’assistantes maternelles).
Les micros-crèches sont aujourd’hui le mode d’accueil qui se développe le plus rapidement en France. Avec cette mesure, nous créerons instantanément 3 000 places de crèches soit 120 millions d’euros d’économies d’investissement pour l’Etat.

Il faut aussi ne plus dépenser de sommes démesurées dans la création de nouvelles places et ce, en augmentant le nombre de locaux pouvant accueillir des crèches.
-    Le constat est simple : du fait de l’empilement des normes et trop souvent de la non-adéquation des projets architecturaux à la réalité du fonctionnement d’une crèche, le coût de création a doublé en 10 ans.
En exigeant que les promoteurs immobiliers prévoient une surface minimale d’au moins 250m2 au RdC pour une crèche à chaque fois qu’ils construisent un immeuble de bureau de plus de 5 000 m2 (soit 500 postes de travail) ou un immeuble d’habitation avec 200 logements, on diminue sensiblement le coût des nouvelles crèches.
En effet, le coût marginal d’une surface brute de béton en pied d’immeuble étant alors de 800 € le m2 versus 2 500 € lorsque l’on construit un bâtiment indépendant pour une crèche, cela équivaut à 1 million d’euros d’économie d’argent public pour chaque nouvelle crèche de 50 places.

Enfin, il faut rendre les places de crèches accessibles à tous en étendant le Crédit d’impôt famille (CIF) aux professions libérales, artisans et commerçants (PLAC).
-  Trop de projets de crèches sont abandonnés faute de "sponsors" villes ou employeurs. Malheureusement, ces projets sont souvent dans des territoires en difficultés : comme il n’y a pas d’entreprises, il n’y a pas d’emplois et les villes ont donc peu de moyens. C’est un cercle vicieux. Par contre, sur ces territoires il existe des PLAC qui eux peuvent solvabiliser un projet de crèche et permettre notamment d’accompagner les familles monoparentales.
De même, des territoires plus riches et déjà bien équipés en crèches connaissent encore de longues listes d’attentes.
La proposition d’étendre le CIF aux PLAC afin de redynamiser les territoires en difficultés et de coller au plus près aux listes d’attentes partout en France aurait, à moindre cout pour l’Etat, un impact fort à savoir l’arrivée immédiate de nouveaux réservataires. Cela pérenniserait les crèches existantes, optimiserait les taux d’occupations, réduirait les listes d’attentes et permettrait le lancement de nombreux projets qualitatifs.  
                                             
Ces quatre mesures apolitiques, faciles à implémenter et respectueuses des contraintes budgétaires de l’Etat permettraient de relancer la création de places de crèches en France, d’innover socialement et de viser l’excellence pédagogique.
800 000 familles sont en liste d’attente, il est grand temps de faire de la petite enfance une belle cause nationale !   


Jean-Emmanuel RODOCANACHI,
Président du groupe Grandir / Les Petits Chaperons Rouges
Président du Fonds de solidarité pour l’enfance
Vice-président de la Fédération française des entreprises de crèches
Administrateur de la CNAF

Sources : Etudes et rapports CNAF, Haut Conseil de la Famille, France Stratégie, Observatoire national de la petite enfance, Ministère de la famille, Direction générale de la cohésion sociale, Terra Nova, Ensemble pour l’éducation, analyses FFEC, benchmark international.

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