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Une architecture pour l’Afrique

Une architecture pour l’Afrique


Une nouvelle esthétique



A une époque où l’Afrique subit encore la fascination de la technologie et de l’esthétique occidentales, les modèles architecturaux restent les tours en verre et en acier. Il était pourtant inéluctable que, tôt ou tard, le retour aux sources de la culture africaine, prôné par certains grands artistes, trouve un écho en architecture aussi.

Le bâtiment de l’Office nigérien de l’énergie solaire (ONERSOL), dont la conception remonte en août 1978, s’inscrit de la manière la plus patente dans la voie de cette nouvelle esthétique dont le fondement est la recherche d’une synthèse entre l’architecture traditionnelle africaine et les contraintes et les technologies modernes.


De nouvelles techniques



Il y a cinquante ou soixante ans, la climatisation n’existant pas, un soin tout particulier avait été apporté à la protection naturelle des maisons contre la chaleur : hauteur importante sous plafond, ventilation naturelle, galeries extérieures protégeant les murs d’un ensoleillement excessif. Avec l'arrivée en grand nombre de climatiseurs individuels, et un prix de l’électricité relativement bas, peu à peu les bâtiments ont commencé à changer d’aspect. Dans un but d’économie à la construction, on a commencé à réduire l’épaisseur des murs, à supprimer les galeries extérieures, à diminuer la taille des pièces. Les simples mesures de bon sens, comme l’orientation des ouvertures ou la protection des fenêtres par un auvent, ont été peu à peu oubliées.

Avec l’augmentation importante du prix de l’énergie, la situation a changé. Les climatiseurs sont devenus des gouffres, or, les maisons récemment construites sont inhabitables sans leur utilisation. L’économie réalisée à court terme, au moment de la construction, est dévorée en quelques mois par les factures d’électricité.
Il était donc urgent de revenir à une protection naturelle des constructions contre la chaleur, même au prix d’une petite majoration du coût au moment de la réalisation.
C’est dans cet esprit d’économie à long terme qu’a été conçu le bâtiment de l’ONERSOL. C’est essentiellement dans l’architecture traditionnelle islamique qu’ont été puisées les idées des procédés de protection contre la chaleur des bâtiments.



Ces principaux procédés sont les suivants :


a/ Protection des ouvertures contre les rayons du soleil
Les rayons qui arrivent sur une vitre pénètrent dans la pièce, et l’énergie calorifique reste emprisonnée par effet de serre. Il est donc primordial qu’aucune ouverture ne soit touchée, à aucun moment de la journée, par le soleil. Les diagrammes solaires édités par le Centre scientifique et technique du bâtiment de Paris donnent la direction du soleil en un lieu, à tout moment de la journée. L’utilisation de ces diagrammes permet de déterminer les mesures à prendre pour que la vitre reste toujours à l’ombre.

La première mesure à prendre est d’orienter toutes les ouvertures vers le Nord et vers le Sud. Dans ces deux directions, il est relativement aisé de les protéger, le soleil étant toujours haut dans le ciel.
Il n’en est pas de même à l’Est et à l’Ouest où le soleil, étant bas à l’horizon, touche les vitres presque perpendiculairement et pénètre profondément dans les pièces.

Une fois l’ouverture bien orientée, la deuxième mesure à prendre est de la mettre en retrait par rapport à la façade pour qu’elle reste toujours à l’ombre.
Dans la partie « bureaux-laboratoires » du bâtiment de l’ONERSOL, la présence d’un couloir périphérique met les ouvertures largement en retrait de la façade. Cette galerie est, de plus, protégée par des éléments brise-soleil. Dans la partie « logements-chercheurs » de l’ONERSOL, où un tel couloir devant les fenêtres aurait présenté des inconvénients, un système de cloisonnements a été mis au point pour mettre les vitres à l’abri du soleil.


b/ Protection des murs contre le soleil
S’il est primordial de protéger les ouvertures contre le soleil, il est également important de préserver les murs d’un ensoleillement excessif. Les murs absorbent l’énergie calorifique à l’extérieur et la retransmettent partiellement à l’intérieur du bâtiment.

Dans la partie « bureaux-laboratoire » de l’ONERSOL, les murs sont placés à l’abri du soleil en même temps que les ouvertures, grâce à la présence de la galerie périphérique.
Dans la partie « logements-chercheurs », les murs porteurs sont protégés à l’extérieur par une contre-cloison oblique, espacée du mur principal de 90 cm en partie la plus large et de 20 cm à l’extrémité haute. L’espace entre les deux est ventilé en bas et en haut, ce qui crée un circuit d’air constant de bas en haut. Cette technique du contre-mur oblique ventilé, utilisée sur d’autres bâtiments depuis la construction de l’ONERSOL est particulièrement efficace.


c/ Protection des toitures contre le soleil
La toiture, que ce soit le bac aluminium ou la dalle en béton, s’échauffe considérablement car les rayons du soleil arrivent sur elle presque perpendiculairement pendant une longue période de la journée. Pour protéger les pièces situées en dessous de la toiture, des faux-plafonds soigneusement isolés thermiquement et ventilés de part en part ont été mis en place.


d/ Ventilation de l’ensemble du bâtiment
Lorsque la circulation de l’air est rendue possible entre un espace ouvert frais et un espace ouvert chaud, il s’établit naturellement un courant d’air allant de l’espace le plus froid vers l’espace le plus chaud. En partant de ce principe, des circulations naturelles d’air frais ont été étudiées dans les différents bâtiments entre les patios et entre les patios et l’extérieur, suivant l’ensoleillement et la nature du revêtement du sol.
 


C’est la combinaison judicieuse de ces techniques qui permet d’apporter une réponse appropriée à chaque cas particulier de bâtiment à protéger contre la chaleur.

 

Laszlo Mester de Parajd
Architecte DPLG

 

Archicte de l'Office nigérien de l’énergie solaire. Présenté au Salon d’Automne de Paris en 2014, sur les Champs-Elysées, il a reçu, à cette occasion, le Prix de l’architecture 2014. Le bâtiment a également été exposé à le Triennale de Milan d’octobre à décembre 2014.

 

FICHE DE PRESENTATION :
Maître d’ouvrage : Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du Niger
Entreprise : SATOM
Durée des travaux: 18 mois
Coût total : 641 Millions de FCFA
Surface hors-œuvre : 2.950 m2

 


 

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