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Résilience urbaine et changement climatique

Résilience urbaine et changement climatique


La conférence de l’ONU sur le changement climatique qui se déroule à Paris-Le Bourget en décembre 2015 produira, il faut l’espérer, des résultats diplomatiques et politiques sur la réduction des émissions de gaz carbonique. Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue que cette conférence doit jeter les bases de réponses concrètes et opérationnelles en matière de résilience urbaine.



Des évènements météorologiques extrêmes plus réguliers.

Le changement climatique s’accompagne de catastrophes naturelles toujours plus couteuses en drames humains et en dégâts sur les habitations et sur les infrastructures. Selon les experts du GIEC, il est manifeste que les sécheresses, les inondations, les cyclones et les incendies sont devenus à la fois plus fréquents et plus intenses sous l'effet du réchauffement, et que la tendance risque bel et bien de s'aggraver.

La hausse des températures, de la teneur en eau de l'atmosphère et de la température à la surface des océans sont en effet autant de facteurs propices à des événements météorologiques extrêmes.

Ainsi, en France, la Côte d’Azur et le Languedoc-Roussillon sont-ils plus souvent touchés par de violentes intempéries avec des vagues de près de 6 mètres sur le littoral, et des vents dépassant les 150 km/h. Ces tempêtes viennent sans doute préfacer ce que les météorologistes appellent désormais les phénomènes « Medicane » pour
« Mediterranean hurricane » (ouragan méditerranéen), appelés, selon les experts, à se multiplier à la faveur du réchauffement climatique .

Sur la côte atlantique, comment oublier la catastrophe de Xynthia, le 28 janvier 2010, qui a touché très durement, par un phénomène de submersion marine, la Vendée et la Charente-Maritime. Xynthia est la tempête qui aura à ce jour provoqué la plus forte sinistralité des années 2000 en France. Les pertes humaines s’établirent à 59 victimes. Son coût estimé est de 800 millions d’Euros pour les sinistres causés par des vents enregistrés à plus de 150 km/h, au titre de la garantie tempête ; et de 700 millions pour les sinistres dus aux inondations, au titre du régime des catastrophes naturelles.

Les sécheresses sur de longue durée s’accompagnent également de leur lot d’incendies qui viennent dévaster le patrimoine forestier et mettent en danger les habitations de grandes agglomérations, comme l’été 2009 l’a montré avec les incendies qui menaçaient Athènes, reproduisant à l’identique un scénario qui avait déjà touché la capitale grecque à l’été 2007. 


A l’inverse, les inondations pluviales urbaines causées par de fortes pluies et le débordement de cours d’eau ont un impact toujours plus important en termes de dommages et de victimes. Les désastres qui ont été consécutifs aux inondations dans les Balkans en mai 2014 en témoignent. Des pluies torrentielles se sont en effet abattues pendant deux semaines provoquant les pires inondations connues par la Serbie et la Bosnie-Herzégovine en 120 ans. Plus de 100 000 habitations furent touchées ou détruites, provoquant des dommages économiques estimés à 3,4 milliards d’Euros .

Dans ces conditions, il est nécessaire comme au Japon, qui vit avec le risque permanent d’un tremblement de terre, de préparer les villes françaises et européennes, ainsi que nos zones côtières, à être plus résilientes face aux perturbations climatiques.


Améliorer la robustesse des villes.

Ceci passe d’abord par des diagnostics sur l’existant en matière de résistance des villes et de leurs réseaux de vie (électricité, eau, télécom, transport, …) face à des ruptures majeures dues au climat. Quels aménagements pour répondre à quels types de risques sont-ils déjà en place ? Qu’a-t-on appris des catastrophes passées et des expériences douloureuses vécues par d’autres ?

Dans ce domaine, il semble qu’il faille continuer de tirer des enseignements de crises rencontrées dans un passé récent et qui ont été très impactantes pour les villes qui les ont rencontrées. Gérer la crise afin de restaurer un minimum de services essentiels et remettre en état la Nouvelle-Orléans après Katrina, est par exemple une source inépuisable de leçons.

Avant la survenance de la tempête Sandy sur la côte Est des Etats-Unis, Katrina n’avait pas été égalée. Cette tempête a dévasté l’équivalent de la moitié de la France, inondant 80 % de la Nouvelle-Orléans. Ajouté au drame des 1800 morts provoqués, 150 000 propriétés ont été lourdement endommagées, des infrastructures gazières et pétrolières ont été très touchées, tout comme le port de la Nouvelle-Orléans qui a été complètement détruit, alors qu’il accueillait 6 000 navires marchands par an. Le coût estimé de Katrina en termes de dommages aura été de 125 milliards de dollars.

Des initiatives collectives permettent aujourd’hui de partager les retours d’expérience tant en termes de gestion de crise que de reconstruction urbaine après désastre. Il en est ainsi de « 100 Resilient cities », financée par la Fondation Rockfeller, qui offre une transmission de savoir auprès des villes inscrites à ce programme, et leurs permet ultérieurement d’être parties prenantes de la Resilient Cities Acceleration Initiative (RCAI) visant au développement de stratégies de réponse et de réduction de vulnérabilités face aux risques urbains et aux désastres naturels. Ce programme vient s’inscrire en parallèle des nombreux travaux d’UN Habitat ou de l’UN Office for Disaster Risk Reduction, ainsi que de la Banque Mondiale, visant à réduire la vulnérabilité des villes face aux risques majeurs.



Au delà de la sensibilisation et des campagnes d’évaluation, un enchainement logique vise à mieux préparer concrètement opérateurs de réseaux et pouvoirs publics en matière de réponse aux situations d’urgence climatique. Dans ce registre, il s’agit d’atteindre une savante combinaison entre méthodologie et intégration d’innovations technologiques.

Des plans de continuité et de secours permettent par exemple aux collectivités et aux entreprises de se préparer à gérer des crises spécifiques dues au climat : grands vents, froid extrême, canicule, inondation, …



Favoriser les innovations au service de la résilience.

Des innovations apportent également des réponses concrètes en matière de prévision, d’équipements de protection, ou encore d’outils d’alerte aux populations.

Les progrès en matière de prévision et de modélisation des inondations pluviales urbaines favorisent ainsi l’évacuation de biens comme voitures ou autocars, qui sans cela se trouveraient piégés par les eaux. Lors des inondations de Lourdes en 2013, ces modèles permirent de limiter l’ampleur de la crise qui a pourtant frappé si surement la cité mariale. Les équipements de protection profitent également, jour après jour, d’améliorations contre les débordements de rivière, ou la surcharge des réseaux d’assainissement. Enfin, les systèmes d’alerte aux populations connaissent une véritable révolution avec le développement des réseaux sociaux et des technologies de SMS push, via géolocalisation. Durant la tempête Sandy aux Etats-Unis plus de 28 millions de tweets furent ainsi échangés. Google en a également profité pour perfectionner les cartes mises à la disposition des internautes concernant les zones sinistrées dans le cadre de son Google Crisis Response Programme. Enfin, des Applications pour Smart Phones fleurissent en matière d’alerte individuelle face aux catastrophes.

Des stratégies de réponse nationale se sont également progressivement imposées à l’international. Le meilleur exemple est celui des Pays-Bas, Etat qui vit avec un risque d’inondation permanent et qui exporte depuis une dizaine d’années son savoir-faire et sa technologie auprès de pays sinistrés, comme ce fût le cas récemment auprès de la Thaïlande ou de l’Indonésie.

Il faut ainsi penser la réponse urbaine face aux risques naturels non en tant que contrainte - ou pire la vivre comme une résignation - mais au contraire, la voir comme riche en opportunités d’aménagement et de croissance.

Le savoir-faire et les technologies en matière de résilience urbaine sont ainsi prometteurs d’emploi et sources d’innovation afin de répondre aux problématiques d’adaptation au changement climatique de pays lointains.

N’est-il pas manifeste que la Nouvelle-Orléans après Katrina se soit reconstruite sur des bases solides et innovantes et que cette ville attire dorénavant ce qui se fait de mieux en matière de recherche et développement sur la résistance des matériaux face aux grands vents et aux inondations, ainsi que sur l’alerte aux populations ?

Même chose pour la ville de New York qui, suite à Sandy, réaménage son littoral grâce des technologies nouvelles (béton et chaussée poreux, parcs éponges,…), reconstruit ses usines avec des murs de protection remplis de capteurs, et revoit complètement son réseau électrique après que Sandy ait provoqué un black-out géant touchant 8 millions de personnes, fin octobre 2012.

Dans un registre différent, le Japon a su développer des technologies visant à la protection de ses réseaux d’eau en cas de tremblement de terre : tuyaux intelligents avec vanne d’arrêt en cas d’activité sismique anormale, conduites résistantes aux tremblement de terre…

Enfin, des technologies dites de rupture vont apporter des réponses de plus en plus pertinentes et pragmatiques aux problématiques de résilience des villes face aux situations de désastre naturel. Il en va ainsi des drônes qui sont maintenant utilisés au lendemain des catastrophes pour des évaluations de dégâts, et qui le seront à terme pour la livraison de matériels et de médicaments aux sinistrés et aux équipes d’intervention. Même chose au niveau du solaire qui permet une autonomie et un back-up d’habitations individuelles et de bâtiments sensibles comme les hôpitaux, en cas de rupture l’alimentation électrique. Enfin, l’impression 3D apportera également des réponses opérationnelles à des crises pour des pièces ou des matériels à remplacer dans l’urgence.

Les crises que nous risquons dorénavant de subir avec une fréquence et une gravité accrues se doivent donc d’être mieux anticipées et transformées, autant que possible, en opportunités comme l’exprime la sagesse millénaire chinoise.

La signification du mot crise en chinois est en effet l'association des deux idéogrammes Wei (danger) et Ji (opportunité). Ceci exprime tout le paradoxe de la crise : une situation difficile, dangereuse, mais qui permet de saisir des opportunités et de rebondir.


Franck Galland

Spécialiste des questions sécuritaires liées aux ressources en eau, Franck Galland dirige Environmental Emergency & Security Services, (ES)², cabinet d’ingénierie-conseil spécialisé en résilience urbaine. Chercheur associé à Fondation pour la Recherche Stratégique, son dernier ouvrage, paru en mars 2014 chez CNRS Editions, est intitulé Le Grand Jeu. Chroniques géopolitiques de l’eau.



 

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