La place des femmes dans les conseils d’administration



Depuis 2005, le patron des patrons est une femme. Mais est-ce que l’élection de Laurence Parisot à la présidence du Medef a amené une féminisation des instances dirigeantes dans l’entreprise ?



L’expression « plafond de verre », apparue à la fin des années 70, a-t-elle encore un sens en 2012 ? 

Petit bilan sur la place des femmes dans les conseils d’administration des entreprises françaises.

 

Un paradoxe… et une loi

 

En mars 2012, sur les 902 administrateurs des 80 plus grandes sociétés françaises, on ne compte que 143 femmes, soit 15,85 % de la population des conseils. Pourtant, au cours de l’année 2011, pas moins de 32 femmes ont été nommées dans un conseil d’administration d’une société du CAC 40. C’est deux fois plus que leurs homologues masculins. Comment explique-t-on ce paradoxe ?

 

Par une loi. Le 28 janvier 2011, un texte relatif « à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance » paraît au Journal Officiel. Plus connu sous le nom de loi Zimmermann-Copé, ce texte impose la mixité dans les conseils d’administration des sociétés cotées et dans celles qui emploient au moins 500 salariés ou qui présentent un chiffre d’affaires annuel supérieur à 50 millions d’euros. En clair : les conseils d’administration de ces entreprises devront être composés d’au moins 20 % de femmes d’ici à janvier 2014 et de 40 % d’ici à janvier 2017.

 

Les premières entreprises à réagir ont donc été celles du CAC 40 : en août 2011, leurs conseils d’administration affichent déjà une moyenne de 20,6 % de femmes… à quelques exceptions notables. On trouve encore de grandes sociétés dont les instances dirigeantes sont exclusivement masculines. Plus étonnant : l'Etat ne montre pas forcément l’exemple lorsqu’il nomme les administrateurs au sein des sociétés dont il est actionnaire. En mars 2012, on ne comptabilise ainsi que 13,64 % de femmes parmi les administrateurs représentants de l’Etat.

 

Soutenue entre autres par Jean-François Copé, c’est la députée UMP de Moselle Marie-Jo Zimmermann qui est à l’origine de cette loi de janvier 2011. A l’instar de ce qu’avait fait Elisabeth Guigou pour les mandats électoraux (la loi du 6 juin 2000 imposant une alternance hommes-femmes sur les listes électorales), il a fallu légiférer et passer par une politique de quotas pour apporter plus de parité dans les entreprises. En Europe, le phénomène n’est pas nouveau. L’ancien Premier ministre espagnol José Luis Zapatero a fait voter, en mars 2007, une loi imposant, à partir de 2015, au moins 40 % de femmes dans les conseils d'administration des grandes entreprises. En Norvège, c’est même plus radical : depuis le 1er février 2008, les quelque 500 sociétés cotées à la Bourse d'Oslo doivent compter 40 % de femmes dans leur conseil... sous peine de dissolution pure et simple !

 

Un profil type

 

Pour atteindre cet objectif des 40 %, les grandes entreprises vont devoir recruter plus de femmes que d’hommes, on l’a vu. Quel est le profil type de cette administratrice de société ?

 

De façon générale, on observe que les femmes nommées à ces conseils d’administration sont plus jeunes que leurs collègues masculins (54,7 contre 60,7 ans en moyenne). Parmi les 40 premières entreprises françaises, 4 administratrices ont même moins de 40 ans : Vanisha Mittal (Arcelor Mittal), Delphine Arnault (LVMH), Sandra Nombret (Bouygues) et Yseulys Costes (PPR). Elles sont aussi plus souvent de nationalité étrangère que leurs homologues masculins, ce qui laisse à penser que la promotion interne ne fonctionne pas toujours. Elles doivent savoir parler anglais, comprendre un bilan, une stratégie et avoir un certain charisme.

 

Avec la Canadienne Guylaine Saucier (qui siège chez Areva, Danone, Scor, Wendel et Axa), Patricia Barbizet est celle qui dispose du plus grand nombre de fauteuils au sein de grandes entreprises françaises : 5 au total (Air France KLM, Bouygues, PPR, TF1 et Total). Le bras droit de François Pinault apparaît ainsi régulièrement dans le palmarès des femmes les plus influentes de France.

 

Colette Lewiner (4 sièges), Dominique Hériard-Dubreuil-Jacquet et Hélène Ploix (3 sièges) complètent le podium des femmes qui disposent du plus grand nombre de sièges au sein de grandes sociétés. Une trentaine d’autres sont présentes dans 2 conseils d’administration en même temps. Elles sont parfois passées par des ministères, comme Anne-Marie Idrac (Vallourec, Saint-Gobain) ou Claudie Haigneré (France Télécom, Sanofi). Diplômées d’HEC comme Mercedes Erra (Havas, Accor) ou Mireille Faugère (EDF, Essilor), elles peuvent avoir une formation scientifique comme Isabelle Kocher ou littéraire comme Laurence Dors. Colette Neuville (Atos, Eurotunnel) a commencé par défendre les actionnaires minoritaires alors que Virginie Morgon (Accor, Edenred) a conseillé de grands groupes français et internationaux en tant qu'associée d'une banque d'affaires.

 

Les réseaux

 

Si le réseau des anciens élèves de grandes écoles (ENA, HEC, ESSEC, Polytechnique) est encore souvent mis à contribution pour « chasser » les futures administratrices, d'autres réseaux se sont créés. Quelques exemples : l’association présidée par Brigitte Longuet, Femmes AAA+, promeut les femmes avocats ou juristes dans les conseils ; l’association Action de femme, fondée et présidée par Tita Zeitoun ; administratrice de Fimalac, Véronique Morali a lancé fin 2010 l'antenne française du réseau américain Women Corporate Directors, qui réunit des femmes membres de conseils d’administration ou désireuses de le devenir.

 

Marie-Claude Peyrache, ancienne cadre dirigeante de France Télécom, et Véronique Préaux-Cobti, directrice générale du cabinet de conseil Diafora, ont créé en 2008 le programme BoardWomen Partners. S’inspirant d'un programme né en Grande-Bretagne, l’idée est de mettre en relation un président de société, le mentor, et une administratrice-candidate, la mentee, avec pour objectif de développer le réseau des femmes qualifiées et les former en amont…

 

Un bilan

 

S’il fallait faire un bilan provisoire de l’évolution de la place des femmes dans les conseils d'administration, il serait finalement positif, même s’il a fallu légiférer pour voir un vrai changement dans les entreprises. Marie-Jo Zimmermann concède cependant que la difficulté sera de faire monter le pourcentage de femmes de 20 à 40 % dans les conseils, étant donné qu’un certain nombre d’administratrices occupent déjà plusieurs sièges.

 

Deux bémols : en 2012, le pourcentage de femmes PDG des entreprises européennes cotées en bourse s’élevait à... 3,2 %. Il est évident aussi que l’égalité professionnelle hommes-femmes se jouera sur la question du salaire : l’écart de salaire moyen est encore de 17,5 % en Europe.

 

Depuis 2011, les costumes-cravates sont amenés à accepter plus de jupes-tailleurs dans le saint des saints de l’entreprise. En 1963, Louis Aragon écrivait dans Le Fou d’Elsa : « l’avenir de l’homme est la femme ». Cinquante ans plus tard, faut-il penser que l’avenir de l’entreprise est la femme ? La période des grandes assemblées générales, qui s’est ouverte le 5 avril et qui se clôturera le 26 juin prochain, apportera un premier élément de réponse.

 

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